• Duel au Potager

    Note : J'ai écrit l'histoire courte ci-dessous en 2013. En y réfléchissant, peut-être était-ce la genèse de mon manga À Fleur de Courge ? En tout cas j'espère que cette petite mésaventure de Monsieur Lewas vous fera sourire.

     

     

    Duel au Potager

     

    Six heures du matin sonnait à la pendule et il faisait encore bien nuit dehors en cette fin de mois d'octobre. Lewas était dans le couloir du rez-de-chaussée et, comme à son habitude malgré la fatigue matinale, il balayait le restant de brins d'herbe et de terre parsemant le carrelage. Le loup borgne aux longs cheveux bruns était, avec l'âge, devenu quelque peu maniaque du ménage cependant il n'oserait jamais ordonner au maître de maison de daigner enlever ses chaussures avant d'entrer.

    Un coup de balais par-ci, un coup de balais par-là. Lewas s'apprêtait à ouvrir la porte d'entrée pour éparpiller son tas à l'extérieur ; il s'agissait de "saletés" naturelles après tout ; quand soudain, son fin nez détecta une légère fragrance nauséabonde : "Qu'est-ce que c'est que cette odeur ?". Sa main droite resta alors un instant figée sur la poignée : le borgne se demandait si Ruddy, le jardinier, n'avait pas encore répandu la veille son terreau spécial à base de fientes de dragon pour favoriser la croissance de ses légumes.

    Le loup fini par pousser la porte et là, ce qu'il vit le laissa bouche-bée : une énorme masse orange pourvue de tentacules verts dotés de larges feuilles se trouvait en face de lui. "Un... Un potiron ?! s'écria-t-il, qu'est-ce que c'est que ce monstre ?!" Non seulement le cucurbitacée se trouvait être plus grand que le domestique mais en plus il semblait capable de se mouvoir en gesticulant ses tiges. Et puis il y'avait cette odeur de fumier...

    "Cette fois Ruddy va m'entendre !" Toujours son balais en main, Lewas, d'un air très énervé, força le passage pour se diriger vers l'abri de jardin, dans l'optique de chercher une hache et de massacrer le végétal encombrant : il pourra au moins en faire une soupe quand bien même il détestait particulièrement le goût de ce légume.

    À peine avait-il descendu les escaliers que le loup trébucha sur un arrosoir, laissé au milieu du passage biensûr, et tomba tête la première dans un tas de feuilles mortes. "F'est fas fossible !!" La bouche remplie de feuilles, Lewas avait à peine le temps crier un juron qu'un tentacule se ressera autour de ses chevilles. Alors le domestique tenta d'atteindre son balais qui était tombé un peu plus loin et lorsqu'il réussi à le saisir ce fut pour frapper la tige verte : celle-ci continuait son périple en s'enroulant au niveau des cuisses.

    "Purée !! Tu vas me lâcher oui ?!" Constatant l'inutilité de ses coups, le borgne lâcha son unique arme et se mit alors à ramper pour atteindre la cabane de jardin mais le légume géant commença à le tirer vers lui d'une force colossale. SCRAAATCH ! La chemise blanche de Lewas, qui s'était accrochée à une branche de rosier se déchira ce qui dénuda en partie le torse du malchanceux. "Ma chemise toute neuve ! tu vas le re... Qu'est-ce que... ?!" Le loup s'interrompit : le potiron avait ouvert sa gueule, oui, le potiron avec une large bouche aux contours pointus !

    Le loup commença réellement à paniquer et tentait de se défaire de ses liens : "Aux secours !! Que quelqu'un me vienne en aide !!! criait-il ." Mais c'était sans espoir. Alors que Lewas fermait son unique oeil et sentait la sueur perler sur son front, le végétal l'avala tout entier avec la grâce et la rapidité d'un moineau puis il s'essuya la bouche, dans un geste presque gracieux, à l'aide d'une de ses feuilles.

    Un poing jaillit sans attendre de l'intérieur du potiron en transperçant celui-ci par la même occasion projetant ainsi des morceaux orange et du jus gluant un peu partout. Des oreilles de loup, puis une masse de cheveux collants apparurent : Lewas prononça un grand "Ouf" de soulagement. Il était sale à présent mais au moins il était en vie ! "Heureusement que ce monstre n'avait pas de système digestif... Tiens prends ça immondice !" Après avoir donné plusieurs gros coups de pieds pour réduire le restant du cucurbitacée en bouillie le loup se laissa retomber pour reprendre son souffle.

    Tout à coup un des volets du premier étage du manoir s'ouvrit violemment et la tête d'un homme à la peau et aux cheveux blancs comme le marbre apparu, ses pupilles couleur sang luisant dans la pénombre : "Qu'est-ce que c'est que tout ce vacarne depuis tout à l'heure ?! Y'en a qui dorment ici !"

    - Pardonnez-moi maître Liacht... dit le domestique d'un ton exténué.

    - Le... Lewas c'est toi ? Mais qu'est-ce que tu fouts dans cette purée orange ?!

    - J'ai été attaqué par ce potiron..."

    Le vampire ne put s'empêcher de lâcher un grand rire moqueur suite à cette déclaration : "Ah ah ah !! Un potiron !! Et je peux savoir ce que tu fais à moitié nu dans le jardin à cette heure-ci ?"

    Lewas devînt rouge comme une pivoine en se souvenant qu'avec tout ce remue-ménage sa chemise et son veston étaient complètement en loques.

    "Bon je ne vais pas attendre que le soleil se lève ! Bonne nuit !" Liacht referma les volets tout en pouffant de rire. Lewas quant à lui, toujours rouge de honte se releva : "Reste plus qu'à nettoyer toute cette crasse, Ruddy va me le payer cher, je lui en ferai manger du potiron moi !". Enfin il alla chercher un seau et une serpillière dans la cuisine, tout en resalissant le couloir après son passage.