• Réunion au Cimetière

    Note : Pour Halloween 2014, j'avais écrit une petite histoire sous l'inspiration d'un épais brouillard nocturne... J'avais pensé à lui redessiner une petite illustration de "couverture" à l'occasion du Kinktober 2018 qui incluait le thème "leather". Avec cette nouvelle on fait donc la connaissance de Nikolaï, un vampire qui apparaît brièvement au commencement de Be Nasty...

     

    Réunion au Cimetière

    Réunion au Cimetière

     

    Ma moto soigneusement garée au bord de la chaussée, moi, Nikolaï, marchais dans une nuit sans étoile. La fraîcheur automnale s'était enfin installée après un semblant d'été indien et d'épais nuages masquaient la frêle lueur de la lune. Le trente-et-un octobre... Halloween, c'est bien ça ? Cette fête dite « païenne » n'a jamais réussi à s'implanter réellement dans l'Est de la France et encore moins dans ma mère patrie, la Russie. C'était tout de même l'occasion de croiser quelques jeunes gens imprudents en quête du grand frisson, rôdant aux alentours d'un vieux cimetière perdu dans le massif vosgien. En scrutant quelques secondes la ribambelle de scooters disposés honteusement parmi les tombes vertes de mousse j'en déduisis qu'il s'agissait sûrement d'un rassemblement auquel je n'étais évidemment pas convié.

    Quant à moi ce n'était pas par le simple désir d'apercevoir d'éventuels feu-follets que je me trouvais à fureter dans le coin mais par nécessité. J'avais pris pour habitude de chasser dans des lieux isolés et mystérieux à la fois. Pour la discrétion mais aussi pour assouvir ma curiosité... Avant d'être un vampire je suis un sorcier, apprendre est l'un de mes passe-temps favoris avec l'occultisme. Alors forcément, un cimetière perdu en forêt au bord d'une route de montagne, qui plus est le soir d'Halloween... Je m'en lèchais les babines ! Un décor plus que classique de film d'horreur me direz-vous ! Peut-être que c'est ça que je recherchais au fond, cette nuit là... L'horreur. Je n'avais pas bu depuis plusieurs jours.

    Quelle heure était-il à présent ? Vingt-et-une-heure peut-être ? Peu importait, je ne porte jamais de montre. Je me postais alors en retrait, derrière le tronc d'un vieux chêne car les mortels se faisaient de plus en plus nombreux autour de moi et comme rares devaient être ceux qui avaient la majorité, difficile de me camoufler. Huit garçons pour trois filles... Des lampe-torches étaient disposées un peu partout et les tombes leur faisaient office de sièges. Ils avaient manifestement tout prévu pour leur petite « fête » : musique de smartphone, alcool, cigarette, french kiss... Voilà comment s'éclatent les jeunes de nos jours ! Ça et là je pouvais entendre des brides de conversations : « Tu le passes quand ton permis ? », « T'es trop bonne toi ! », « File-moi une clope s'teu plaît ! », « Halloween c'est trop de la bombe ! »...

    « C'est qui ce type bizarre qui nous espionne depuis tout à l'heure ? Quelqu'un le connaît ? »

    Un avorton boutonneux halerta ses compères en me pointant du doigt. Suite à sa question, toutes les têtes se tournèrent dans ma direction : j'étais grillé ! Enfin, ce n'était pas comme si ça me préoccupait plus que cela, ces adolescents allaient juste me questionner sur les raisons de ma venue ici, à une heure aussi tardive... Rien de plus normal ! Alors j'abandonnai mon arbre pour me montrer, les yeux plissés par la lumière de leurs torches tout en leur adressant d'une voix doucereuse : « Bonsoir tout le m...

    - Hé qui c'est la lopette qui a emmené un de ses vieux ?! »

    Un p'tit blond à crête de coq me coupa net. Moi vieux ? Je n'avais même pas trente ans quand je suis devenu un buveur de sang... J'ai l'air... d'un vieux ? « Je suis...

    - Le violeur des cimetières ! cria une fille saoûle en rigolant, bouteille de vodka à la main.

    - Mais oui ! C'est un nécrophile ! lança une des deux autres. »

    Les morveux éclatèrent tous de rire. Fort heureusement, aucun d'entre eux ne semblaient avoir remarqué mes canines de prédateur ni même mon teint livide. Gardant mon sang-froid, glacial même, comme j'en ai l'habitude depuis plus d'un siècle, je retentai de placer une phrase complète : « Je...

    VROUUUUUUM CLANG !! SHRIIIIIIIIIIIIIIIII !!

    Mes boucles brunes se dressèrent sur mon crâne, plus de colère que de peur : cette fois si ce fut un bruit qui m'interrompis ! Une deux-roues se gara en catastrophe devant la grille grande ouverte du cimetière, tous les regards étaient à présent tournés vers cette nouvelle attraction puis le motard retira brusquement son casque : « C'est à qui la bécane mal garée que je viens d'emboutir ?!

    - Pizdec* !! m'écriais-je dans ma langue natale. »

    En effet il devait forcément s'agir de ma moto étant donné que tout les autres véhicules étaient rangés parmi les sépultures... « Toi là, je te connais pas ! » L'inconnu s'approchait de moi d'un pas assuré. C'est lorsque son visage fut bien éclairé par les lampes, que je tombai sous le charme : un jeune homme de vingt ans au plus, un corps à la fois musclé et svelte, des cheveux et des yeux clairs, un faciès arrogant... Exactement le type d'individu que j'aime martyriser !

    « C'est un vieux pervers qui veut s'taper l'incruste! pouffa de rire un des gosses.

    - Ah d'accord, le genre de clochard opportuniste qui rôde en espérant pouvoir se siffler les fonds de bouteilles quand tout le monde sera parti... dit le nouveau venu me regardant, un sourire méchant aux lèvres. »

    « P'tit con, c'est toi que je vais me siffler quand votre fête à deux balles sera finie ! » pensais-je. Mais bien évidemment en surface, je ne laissais aucunement paraître mon agacement. Je continuais d'offrir à cette bande d'ingrats, le sourire le plus amical possible.

    « En tout cas on t'attendait Lancelot ! Maintenant que tu es là on va enfin pouvoir commencer ! »

    Lancelot, c'était donc le nom de ce chauffard qui n'avait de chevaleresque que l'audace.

    « De toute façon vous ne vous êtes pas ennuyé durant mon absence, rétorqua-t-il à ses copains d'un air suffisant en indiquant un petit amoncellement de bouteilles vides. »

    Puis il me désigna d'un simple hochement de tête :

    « Le vieux aussi peut participer, avec lui on sera treize, le nombre parfait ! Surtout pour le soir d'Halloween !

    - Participer à quoi ? Demandais-je d'un air niais.

    - À une réunion tupperware ! blagua la fille aux cheveux courts qui m'avait traité auparavant de nécrophile.

    - Ouai allez le vieux ! Viens donc faire un peu de spiritisme avec nous, ça va être l'éclate totale ! acquiesça un binoclard rouquin »

    Je ne pu m'empêcher de rire aux éclats. Du spiritisme ? Le grand classique des adolescents en manque d'adrénaline ! Cependant cela m'intéressait au plus haut point, ne serait-ce que juste pour le plaisir de les observer dans leur tentative ; vouée à l'échec ; de communiquer avec le monde des morts. Préférant donc rester simple spectateur je répondis d'un ton presque solennel : « Non merci. »

    Lancelot le téméraire revînt soudainement à moi pour me postillonner dans la figure, dans un rayon de trente centimètres, de sorte que nos bouches ; bien que je fasse une tête de plus que lui ; se touchèrent presque : « En fait, t'es peut-être un pervers mais on t'as peut-être coupé les couilles. »

    Je restais silencieux tout en le dévorant de mes yeux verts, mon corps si froid se réchauffait peu à peu. Puis j’eus soudainement l'impression de brûler de l'intérieur, comme si du magma se répandait à même mon sang : la soif et le désir de faire souffrir ce garnement me taraudaient. Car oui, j'ai toujours apprécié observer mes proies se tordre de douleur, impuissantes fasse à leur funeste destin, avant de mettre fin à leur lente agonie. Pourquoi m'en cacher ? « On ne joue pas avec la nourriture » : cette phrase m'a toujours fait sourire, au moins depuis que je suis un vampire...

    « C'est d'accord, affirmais-je après une bonne minute de suspens tout en souriant à mon interlocuteur. »

    J'entrais dans son jeu. Après tout, si je leur prêtais mes pouvoirs obscurs ; je précise tout de même que je n'ai rien d'un médium ; ces ignorants avaient peut-être une chance de rencontrer un fantôme. Ceci me permettrait peut-être de détourner leur attention, ne serait-ce qu'un instant, et je pourrais entraîner ce cher Lancelot dans la forêt pour me délecter de son...

    La soif de sang se faisait de plus en plus forte. Toutes ces proies potentielles qui me fixaient depuis plus d'une bonne quinzaine de minutes maintenant, ces jeunes imbéciles trop confiants qui osaient me manquer de respect... J’eus très bien pu tous les attaquer sur le champ, je suis de loin assez puissant pour ça ! La seule différence aurait été le fait que j'aurais alors dû massacrer tout un groupe en semant un climat de panique. Je préférais de loin me faire passer pour l'un des leurs dans le but les traumatiser ensuite en supprimant leur « meneur » tout en disparaissant dans la pénombre. Une manière de procéder tellement plus réfléchie, tellement plus excitante...

    « Très bien ! Et si on commençait par se mettre en cercle autour de cette tombe là ? Proposa le boutonneux en pointant un petit mausolée surmonté d'une statue d'ange gris sale. On mettra les lampes au milieu comme si on était autour d'un feu...

    - Ouai commençons, il fait de plus en plus frisquet et je dois rentrer pour minuit au plus tard... dit un petit gars en retrait. »

    Nous nous exécutâmes sans plus tarder et je pouvais sentir l'excitation monter autour de moi : de vrais gamins. Lancelot qui se trouvait à ma gauche, m'invita à lui prendre la main, ce que je fit de suite. Il tressaillit quand ma peau effleura la sienne : « Wouah le vieux, t'es gelé !

    - Ah bon ? dis-je en le regardant d'un air étonné comme si de rien n'était.

    - Allez tout le monde ! cria le boutonneux, donnez-vous la main »

    La plus discrète des trois fille, tout de vert vêtue, placée à ma droite, m'ignora dans ma tentative de saisir ses doigts délicats. Enfin quelqu'un d'un peu plus raisonnable qui n'avait pas confiance en un illustre inconnu. « Oh non cousine tu vas pas commencer à faire ta paranno ! Lui supplia un des garçons en face de nous.

    - Et puis quoi encore ?! Ce mec pourrait être un psychopathe ! Vous êtes vraiment trop débiles les gars !

    - T'aurais pas dû emmener cette rageuse avec nous, dit la fille bourrée.

    - Tout à fait, je regrette d'être venue ! Je m'emmerde grave depuis qu'on est arrivé et en plus je gèle...

    - Alors mets toi à l'écart du cercle et laisse nous tranquille, ordonna Lancelot, on a pas besoin de tes ondes négatives ! »

    La jeune fille énervée alla s’asseoir plus loin dans la pénombre. J'avais préféré ne pas interférer dans leur dispute, de peur de réveiller des soupçons chez les autres en clamant mon innocence. De plus je commençais à perdre patience, le seul contact avec les mains de deux de ces inconscients ; à ma droite se trouvait à présent le crâneur blond à la crête de coq ; amplifiait mon appétit. Je me voyais déjà en train de percer violemment leur carotide pour les saigner à blanc, tel un barbare.

    Nous n'étions donc plus que douze à participer, tant pis pour le treize et toute la superstition englobant ce nombre... « Bien ! Nous pouvons enfin commencer ! toussotais le boutonneux. Que tout le monde ferme les yeux et se concentre sur la phrase « Esprit es-tu là ? ». »

    La grosse blague ! Ces gamins n'avaient donc rien trouvé de mieux comme formule ? Je me retins de pouffer de rire tellement c'était ridicule... Cependant je fermais les yeux et je ne tardais pas à les rouvrir légèrement pour constater à quel point ces adolescents prenaient cette séance de « spiritisme » à cœur. Ils fronçaient tous les sourcils, comme si pour eux, se concentrer demandait un effort un surhumain. Je refermais mes paupières et c'est alors que la voix de Lancelot retentit sur ma gauche : « Esprit es-tu là ?

    - Esprit es-tu là ? répétèrent ses congénère à l'unisson.

    - On se croirait dans une secte... dit la voix lointaine de la fille en vert.

    - Toi on t'as pas sonné ! rétorqua mon voisin de droite. »

    Elle se tût.

    « Esprit es-tu là ? reprit ma future proie.

    - Esprit es-tu là ? »

    Ce manège recommença une bonne dizaine de fois quand...

    « Beurk c'est quoi cette odeur ? Demanda ce qui semblait être la voix du rouquin.

    - Y en a un qui à un cul pourri ! sorti la fille aux cheveux courts en ricanant.

    - P'tain c'est qui le crado qui à lâché une caisse nucléaire ?! demanda un de ses congénères. »

    Aucune réponse bien sûr.

    « Un peu de concentration les gens... dit le boutonneux.

    - Oui reprenons ! ordonna le chef du troupeau. Esprit es-tu là... »

    Et leur litanie continuait pendant de longues minutes... Quel ennui, et quelle torture pour un vampire assoiffé comme moi... Cinq, dix... Au bout d'un quart d'heure toujours rien. Juste le bruit de quelques oiseaux nocturnes retentait dans la nuit. Et pourtant ces mortels restaient impassibles et motivés. C'est pourquoi une idée me vînt soudain en tête : pourquoi ne pas utiliser un peu de ma « magie » ? Après tout, voir cette bande d'ignorants frissonner et crier de peur devait être assez risible... Et puis cela me permettrait de faire une bonne diversion pour m'abreuver du sang de l'arrogant qui me tenait la main...

    Je décidais donc de concentrer mon esprit au maximum sur les lampe-torches dans le but de les éteindre toutes en un instant : pas facile de lancer un sort quand on est dans l'incapacité de bouger ses doigts ! « Hé... Qu'est-ce qu'il se passe... ? » Le blond à ma droite qui avait ouvert les yeux interrompit le groupe en transe. Je le sentais trembler légèrement à côté de moi, et ses amis, comme lui, fixaient dorénavant les lampes qui commençaient à clignoter. « Youpi !! On a réussi ! Regardez ! L'esprit de la statue nous répond via la lumière ! s'exclama le boutonneux tout excité.

    - Wouai c'est extra-ordinaire ! S'écria la pochetronne. »

    La fille en vert observait la scène d'une expression exaspérée. Quelques autres, comme ce cher Lancelot, n'avaient pas l'air totalement convaincu. « Encore un petit effort ! » me dis-je en refermant mes yeux. Le brouhaha de ces jeunes si enthousiasmés autour de moi me dérangeait un peu car ma farce avait provoqué l'effet inverse dans leur manière d'agir. Je concentrais alors mes pouvoirs de plus bel quand je senti un léger vent dans mes cheveux, une brise chaude m'effleurait soudain le visage. Comme une... Une présence ? La soif devait brouiller mon intellect. « Oh putain ! C'est froid ! » La voix affolée de Lancelot me fit sursauter, celui-ci avait lâché ma main et pour cause : l’extrémité de mes doigts gelaient, au sens propre du terme. « Et merde ! » pensais-je : en effet, ce genre d'accident m'était déjà arrivé à plusieurs reprises, particulièrement quand je tentais d'utiliser mes pouvoir après plusieurs nuits de jeûne. Mes compagnons s'écartèrent de ma personne tout en me dévisageant. Puis, à mon grand étonnement, une voix grave masculine résonna dans tout le cimetière : « Qui a osé troubler mon sommeil éternel ? Qui est l'insolent qui a osé m'invoquer du monde des morts ?

    - Je... Je... »

    Ma bouche refusait de s'ouvrir. Non par parce que j'avais peur mais simplement parce que ma mâchoire ne m'obéissait plus ! Un climat de panique « P'tain vieux tu fais vraiment flipper ! C'est pas drôle ! » Le blondinet à crête de coq me fixait d'un regard accusateur.

    Enfin ces jeunes gens commencèrent à parler entre eux en me tournant le dos...

    « Regardez comme il est pâle... », « Et ses doigts ! On dirait de la glace ! », « Ce mec est pas normal... », « Ta cousine avait raison, c'est sûrement un psychopathe ! », « Un cinglé... »...

    La voix grave et posée retentit à nouveau, je pensais alors qu'elle devait seulement être dans ma tête si ce n'est que... « Pauvres fous ! Un démon de ma prestance n'a que faire de vos plaintes, vous ne méritez qu'une sentence pour votre offense : la mort ! » Non ! Mes lèvres avaient bougé de leur propre chef ! C était moi qui disait ces choses complètement absurdes sans que je ne puisse rien y faire ! La panique se faisait maintenant ressentir chez les gamins. « Je vous avais prévenu ! criait la fille en vert avec un sourire en coin.

    - Oh toi ! Pas la peine de te la ramener ! rétorqua le blond.

    - No... N... »

    Je tentais malgré tout de dire un mot, sans succès. « Regardez ses dents !! Regardez ses dents ! On dirait un vampire ! » Le boutonneux paraissait encore plus excité qu'avant et effectivement, contrôlé par une force qui m'échappe, voilà que je montrais les crocs comme un prédateur affamé ! « Les... Les vampires ça n'existe pas... dit la fille aux cheveux courts d'une voix tremblante.

    « Cassons-nous d'ici ! Laissons ce vieux taré dans son délire... Suggéra Lancelot visiblement tout aussi couard que les autres.

    - Atten... A... Je vais tous vous tuer en vous extirpant les boyaux de votre abdomen ! »

    La voix avait de nouveau parlé à travers moi ! Impossible de l'en empêcher ! La plupart crièrent d'effroi et tous, en l'espace de quelques secondes, allèrent s'agripper à leurs bécanes rangées à quelques mètres de là pour démarrer en catastrophe dans un bruit assourdissant de moteurs débridés, laissant derrière eux, fragrances de pots d'échappement, bouteilles vides et lampes-torches ! Lancelot quand à lui, suant à grosses gouttes, était encore en train de courir, son véhicule étant garé à l'entrée du cimetière : ma proie me filait d'entre les doigts ! Alors je m'élançais après lui, du moins c'est ce que je croyais... Je faisais du surplace ! Le démon contrôlait mes jambes à présent ! L'enfoiré se foutait de moi ! Malgré tout je ne lâchais pas prise ! J'allais avancer, il le fallait ! Oui mais... Trop tard ! Je voyais au loin le jeune homme chevaucher son fidèle destrier et démarrer en trombe. Il disparu de mon champ vision en un instant.

    POUF !

    Le calme était à peine revenu quand, dans mon élan, je m'étalais de tout mon long sur le sol. Je redressais ma tête pour m'étonner de lire, tracé dans la terre : « Happy Halloween ! ». Quelle farce ! Je me relevais fou de rage : « pochol na houille** démon de mes deux ! »

    Pas de réponse. Je pouvais à nouveau parler et marcher comme si rien de tout cela ne s'était passé ; Le cimetière était désert... Et ce soir encore je n'avais pas dîner. La nuit était encore longue mais je n’éprouvais plus qu'un seul désir : rentrer dans mon chalet et y rester, bien au chaud, à bouquiner dans mon cercueil jusqu'à l'aube.

    Enfin, tout en reprenant mon calme, je me dirigeais lentement vers ma moto couchée près du portail. Quand le ronronnement sourd du moteur se fit entendre, je soupirai de soulagement et une fois sur la route, casque sur le crâne, je jurai devant les forces des ténèbres de ne plus jamais sortir le soir d'Halloween.

     

     

    * Équivalent de « Merde ! » en russe.

    ** Expression russe très vulgaire, équivalente à « va te faire foutre ».